Autopsie d’un complexe

Nous ne naissons pas avec des complexes, ce sont les autres, au travers de leur regard, qui nous les attribuent. Nous voici à nous coltiner ce cadeau empoisonné, ce “Je ne sais quoi” de “honteux” que nous n’avions pas remarqué. C’est ce foutu regard d’une tierce personne, connue ou non, qui nous amène à nous observer sous un autre angle, celui de la dépréciation, du bizarre, du différent et -surtout- du moche.

Quand la société dispense ses archétypes de la beauté, comment ne pas entrer dans le monde de la comparaison quand nous ne correspondons pas à ce qui est érigé en “modèle idéal” ?

A l’heure des “Bikini Body Challenge”, des “Bikini Ready” et autres “Perdez 3 kilos avant la plage” qui pullulent aussi bien dans les médias print qu’online, la venue de ces marronniers estivaux n’enclenche rien de bon et ne fait que raviver ces foutus complexes dont nous sommes les malchanceux propriétaires grâce à autrui.

Je le répète, nous ne naissons pas avec des complexes. Ils viennent avec le temps, le cercle familial, amical, les rencontres, les médias, les autres en général. Ce peut être une remarque anodine dont nous ne sommes pas directement le destinataire mais qui aura néanmoins un écho en nous, ou “pire”, des réflexions directes ou interposées (les écrans sont parfaits pour cela n’est-ce pas ?). Le complexe arrive, s’installe, prend beaucoup de place et ne disparait pas toujours. Pour ne pas dire jamais.

Des complexes, j’en ai. Mieux, j’ai passé des années à subir mon corps, ses marques et ses défauts. Premier complexe en étant enfant : porter des lunettes. La délicatesse des enfants entre eux étant bien connue (dont les fameux “T’es moche !”, “Bigleuse !”), porter des lunettes s’est transformé en honte. Détestant mon reflet, m’en voulant de ne rien voir, mon salut est venu le jour où j’ai porté des lentilles. Je suis redevenue “normale” et ai perdu l’étiquette de “l’intello moche avec ses lunettes parce qu’elle ne voit rien”.  Aujourd’hui encore, j’ai du mal à sortir avec mes lunettes, marquée par ces douces réflexions enfantines.

Autre complexe, autre mode de communication.

Tout au long de mon enfance j’ai entendu que la cellulite c’était “tellement moche qu’il valait mieux ne pas se mettre en short et la cacher”, que “vieillir c’était laid, autant se dissimuler”, et que “se mettre au régime avant l’été, c’était pas mal”. Des phrases qui forcément se sont imprégnées dans ma manière de penser si bien que lorsqu’est apparue la cellulite sur mon corps (ô joie !), mon combat contre cette foutue peau d’orange a commencé. Combat que j’ai toujours perdu jusqu’à présent et que je ne cherche d’ailleurs plus à mener. Elle fait partie de mes cuisses, elle ne disparaitra pas, autant vivre ensemble. Difficile néanmoins d’accepter durant de longues années, que mon corps qui fut très sportif (9h de sport par semaine ça fait son effet) devienne moins tonique et accueille, à bras ouverts, la cellulite !

Autre complexe, et certainement celui qui m’a le plus marqué… Suite à des problèmes de santé assez important enfant, deux “boules” sont finalement apparues en-dessous de mes genoux. Je ne m’en suis aperçue que le jour où on m’a fait la reflexion (pour vous dire à quel point j’y prêtais attention). De ce jour-là, je n’ai plus vu qu’elles. Il aura fallu un rendez-vous chez le médecin pour définitivement les faire basculer de “Oh tiens ?” à “Bienvenue complexe ! Entre, fais-toi une place parmi les autres !”.

La délicatesse et la prévenance de ce médecin qui, d’un air profondément dégoûté a posé son diagnostic avec un “C’est de la graisse” qu’il aurait adoré compléter par un “Beurk, c’est déguelasse, ça me répugne, je vais gerber un coup, tu peux pas faire du sport ?” sans même connaitre mon passif (et donc savoir qu’elles étaient apparues pile là où j’avais eu mes ennuis de santé).

Allez passer outre après un tel accueil.

Evidemment si je ne le dis pas, personne ne le remarque. Mais cette réaction si agréable m’a fait renoncé aux shorts, aux tenues courtes, même par 38°C en été et m’a fait envisagé l’opération (sans être certaine d’un succès définitif). Voilà où peut vous mener un complexe causé par une réflexion, par le regard d’autrui.

Et puis il y a eu la grossesse et les remarques toujours aussi subtiles des médecins à coup de “Vous êtes grosse”, “Vous prenez trop de poids”, et au lendemain de l’accouchement “Va falloir perdre rapidement ces kilos !”. Sans compter les “Tartinez-vous de crème / huile pour ne pas avoir de vergetures, c’est tellement moche”.

Vous savez quoi ? Je me suis tartinée et j’ai quand même eu des vergetures. Elles sont présentes sur ma poitrine, elles sont présentes sur mes cuisses, elles sont présentes sur mon ventre qui était énorme durant ces 9 mois, autour de mon nombril et un peu plus bas. Ma peau s’est détendue, ma peau a craqué. « C’est moche » ai-je entendu quand j’ai montré mes marques. Oui, ce n’est pas ce qu’il y a de plus joli que ce ventre « fripé ». Mais rêver d’un ventre hyper tendu, hyper musclé que je n’ai plus eu depuis mes 14 ans est-ce très intelligent ?

J’ai pris 17kg pendant ma grossesse, je les ai perdu en 1 an (et pas en 3 mois comme on me le martelait) et non, je n’ai pas toujours aimé ce “surpoids” post-grossesse, mais je ne me suis pas brusquée ni privée ni maltraitée alors que mon corps venait de vivre de gros bouleversements durant 9 mois et un accouchement. D’autant que j’ai enchainé avec la varicelle (oui à 31 ans, spoiler : ce n’était pas fun) et ce fut encore l’occasion de marquer mon corps.

Mon corps est cette machine extrêmement bien foutue qui m’accompagne depuis 32 ans, m’a permis de porter et donner la vie, a connu des difficultés, des ennuis plus ou moins importants, a tenu le coup même quand ça n’allait pas du tout, ne m’a certes pas offert 10 à chaque oeil mais me permet de faire tout ce dont j’ai envie. Alors quid de quelques vergetures (pour un enfant merveilleux), de lunettes, de boules de graisse (quand je peux marcher, courir et danser), de cellulite ?

Durant plus de 15 ans j’ai détesté mes marques, mon histoire et son histoire. Je me suis cachée, j’ai souffert des remarques, du regard qu’on a posé sur mes faiblesses dont je ne suis en rien responsable, dépensé des sommes folles dans des soins qui n’ont eu pour seul effet que d’alléger mon compte en banque. Je me suis privée de plaisirs tels qu’aller à la plage et me baigner car “La cellulite c’est moche, ça se cache”, et que j’imaginais les plages bondées de “fille de l’été parfaite” telles qu’on en voit dans les magazines, qui ne manqueraient pas de juger mes défauts et de rire de mes défauts.

Je me suis fait des films, j’ai perdu du temps. Pour quoi ? Pour rien.

Il aura fallu un enfant pour comprendre que mon corps était comme il l’était et qu’il était le reflet de mon histoire. Si vous pensez encore que les filles sur la plage sont à l’image des filles d’Instagram “Bikini Body Challenge Ready”, que celles qui se baladent en bord de mer ressemblent toutes à la fille de l’été parfaite, à des mannequins en goguette habillées comme BB dans sa plus belle période, détrompez-vous. Ces filles-là sont celles qu’on vous vend, qui vous donne des complexes, saturent l’esprit collectif en injectant des images faussées de la réalité. Ces filles-là sont à l’image des comptes Instagram qui vendent du rêves : fictives.

Sans être « parfaites » au sens esthétique des médias, nous n’en sommes que plus réelles. A nous d’être bien dans nos corps, d’autopsier une fois pour toutes ces complexes qui nous ruinent l’existence et de ne plus les laisser avoir la moindre prise. C’est un travail, certes, long. Que les cons pensent ce qu’ils veulent, quand on se sent bien, on est forcément belle. Cellulite ou non, vergetures ou non. Kilos en trop, en moins, poilues ou dépourvues, petite ou grande, etc.

Alors sortez les maillots de bain et passez une excellente journée de juillet !

A très vite sur About-a-Girl.com.


Créatrice du blog mode tendance et beauté "About-a-Girl.com". Journaliste et community manager freelance.

  1. Lilouuuu

    4 juillet

    Tu as parfaitement raison, les complexes nous pourrissent la vie ! Ton médecin est vraiment méchant, je n’ai jamais vu ça !
    Gros bisous
    http://lilouuuu.com

  2. Jennifer

    4 juillet

    Ma Chouchou, je t’aime !
    Non seulement tu as raison d’un bout à l’autre de ton article, mais le pire dans tout ça c’est que ce que tu dis on le sait toutes plus ou moins mais on garde nos complexes. Comme quoi ce bourrage de crâne médiatique et culturel est bien imprégné.
    En réalité, mis à part quelques extra-terrestres (ou des droïdes, je ne m’y connais pas trop en technologie ;)), sur les plages tu croises rarement de la bombasse parfaite mais plus souvent : les filles qui font ce qu’elles peuvent, les mamies qui se croient encore dans les années 60 (elles me font rire – affectueusement j’entends), les mamans qui portent les traces de l’amour de leurs petits, les nanas hypra complexées qui gardent leurs jeans (coucou, je suis parmi elles) et celles que j’admire : celles qui n’en ont rien à péter à un tel point quelles en sont plus belles que les ovni d’Instagram.

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