La notion de plaisir

« Est-ce que tu es épanouie là ? Est-ce que tu prends du plaisir à ce que tu fais ? »

La violence de cette question sur mon épanouissement professionnel s’est imposée à moi un beau matin alors que j’attendais, vainement, un mail professionnel. A quand remontait la dernière fois où j’avais pris du plaisir dans ce que je faisais au quotidien ?

Cette interrogation a été une vraie claque. Elle aurait pu être physique tant elle m’a sonnée. Voilà des mois, des années, que je me plaisais à maintenir que, oui, bien sûr j’étais épanouie dans mon job. Faire autre chose ? Jamais !

Un mensonge ? Non, pas vraiment. Plutôt une façon de me protéger et de ne pas ouvrir la boîte de Pandore.

Je me souviens, ce fameux matin, être restée assise devant mon écran, les mains posées bêtement sur mon clavier, en tentant de me remémorer le dernier bon souvenir lié à mon boulot. Le dernier matin où je m’étais levée heureuse d’entamer la journée qui allait se dérouler. Je n’ai pas réussi.

Ça faisait donc si longtemps ? Apparement oui. Très (trop !) longtemps.

Officiellement, je fais partie des « béni.e.s » qui ne devraient jamais se plaindre, ayant la chance de travailler en home office (je vous en parlais dans le post « Morgan »), ne souffrant d’aucun stress lié aux transports, aux collègues, aux chefs ou même à l’horaire. Personne pour surveiller que je fais mes 8 heures par jour, ou de l’avancement de tel dossier. Le bonheur.

J’ai toujours aimé cette indépendance, cette autonomie, ce « pouvoir » sur mon organisation bien que tout ne soit pas rose dans le monde du freelance, notamment l’aspect financier et la précarité que ce statut peut entrainer (et qui m’a valu de nombreuses montagnes russes).

Durant les premières années, mon « travail » n’en était vraiment pas un puisqu’il tournait autour de ma passion : écrire. Ecrire pour des sites, écrire pour des magazines, signer des fictions, écrire un roman, écrire ce blog. Ecrire du soir au matin, raconter des histoires, transmettre, partager, informer. Créer encore et encore. 90% de plaisir, 10% d’emmerdes.

Il s’est ensuite diversifié il y a 3/4 ans. On m’a proposé des projets et de fil en aiguille, j’en suis venue à la création de contenus, au community management. Intéressant, « challengeant », ouvrant de nouvelles perspectives et notamment de poursuivre la photo à un autre niveau. Moins de création, plus d’analyses.

Et puis il y a eu un grain de sable insidieusement infiltré dans le rouage. Un tout petit grain de sable qui a déréglé le mécanisme au point de le faire tourner en sens inverse, changeant complètement la donne. 90% d’emmerdes, 10% de plaisir.

Ce ne fut pas toujours de belles collaborations professionnelles, beaucoup se sont soldées par des situations rocambolesques que je préfère oublier. En l’espace de deux ans, mon taux de stress a explosé, ma créativité en à fait les affres, et l’écriture a quasiment disparu de ma vie.

About-a-Girl” a dépéri (disons-le), je n’ai jamais été aussi peu présente que durant cette période, en quasiment 9 ans de blogging. J’ai subi, beaucoup, toute cette situation, avec la sombre impression d’être « le cul entre deux chaises » (le fameux !), entre tourner une page et poursuivre celle entamée quitte à aller droit dans le mur.

Il y a eu ce jour, cette épiphanie, dont je vous parlais en début de post. Et il y a eu ce second jour, où je suis entrée dans une telle colère et violence que je ne me suis pas reconnue. Ce jour où le mental a rejoint les signaux que m’envoyaient mon corps depuis plus d’un an : il est temps de dire stop.

Quelque chose s’était réveillé à la naissance de mon fils, quelque chose qui a fait son chemin, qui m’a bousculé, qui est resté tapi et qui a finalement explosé. Changer, apprendre à dire non, à renoncer à certains projets qui ne me correspondaient plus, à me séparer de ce qui me tirait vers le bas. Franchir une étape quitte à repartir en arrière mais renouer enfin avec le plaisir.

Le plaisir, le fameux.

Nous n’avons qu’une seule vie. Ceci est très bateau, on le sait, on se l’entend répéter en toute occasion. Mais en prend-on réellement conscience ? Tentons-nous réellement de « faire quelque chose », de faire que « chaque jour compte » dans son existence ?

Dans le cadre des 2/3 dernières années qui se sont écoulées, je me suis ainsi aperçue que j’avais trop souvent laissé les jours filer sans en retirer un seul bienfait, un seul bonheur. Entendons-nous, du bonheur, j’en ai au quotidien avec mon fils, et j’exclu cet aspect de ce « bilan ». Je parle une fois encore sur le plan professionnel.

L’an dernier, sans pression, sans prétention, j’ai donné vie à un projet auquel je songeais depuis longtemps : 23/NOVEMBRE. Sortir de ces journées passées devant un écran pour réaliser quelque chose de mes mains, pour m’évader, pour me faire plaisir.

Le plaisir et la création, on y revient.

Ce projet auquel je croyais pourtant, tout comme “About-a-Girl“, je l’ai délaissé pour retourner à ma pression, à mes relances, à ces bilans statistiques, reach et engagement dont on me rabattait les oreilles à longueur de temps. Du gâchis ? Complètement.

Il n’est jamais trop tard pour prendre conscience de ces erreurs, erreurs qui sont toujours essentielles pour justement grandir et s’enrichir de nouvelles expériences. Il n’est jamais trop tard non plus pour poser tout à plat et oser dire que telle situation ne nous convient plus.

Posez-vous la question, quand avez-vous pris réellement du plaisir à ce que vous faisiez ?
Et dans quel domaine ?

En écrivant et en créant des bijoux, voilà la réponse que je peux donner à cette question et voilà avec quoi j’ai décidé de pleinement renouer en 2018. Quitte à repartir à zéro. Quitte à me lancer dans une nouvelle aventure en ayant pour seules assurances le plaisir et l’évasion. 2018, une année décisive, un objectif, s’épanouir, et une ère plus personnelle sur “About-a-Girl“.

Vous savez quoi ? Ça me plait bien tout ça.
A très vite,


Créatrice du blog mode tendance et beauté "About-a-Girl.com". Journaliste et community manager freelance.

  1. Manon Dnry

    13 avril

    Merci pour cet article dont on ne finit pas la lecture sans introspection.. Comme je te l’ai dit par message, je sens que je dois changer quelque chose, une idée, un projet me turlupine bcp.. je n’ai pas encore toutes les réponses à mes questions mais j’y travaille! Ça fait chaud au cœur de sentir qu’on est pas seule à ressentir ça.

  2. Céline

    29 mai

    Je rejoins le commentaire précédent, on y finit par une introspection haha !
    J’adore ma vie, je me sens bien. J’ai un boulot stable avec plein d’avantages, mais qui ne procure pas un immense plaisir. Disons que j’ai choisi la tranquillité depuis quelques temps, je ne voulais plus d’horaire décalés, plus de congés annulés, etc, j’envisage une vie de famille alors quelques choix se sont imposés. Mais en contrepartie ce n’est pas du plus passionnant.
    Cependant je le vis bien ! Je ne suis pas carriériste et j’attache une grande importance à ma vie privée et à mes proches.
    Alors dans un sens, je ne veux pas changer ça. J’éprouve peut-être peu de plaisir côté professionnel mais encore moins niveau emmerdes !!
    Je peux facilement changer de branche au sein de ma profession, ce que j’ai déjà fait, alors quand j’en aurais vraiment marre (comme c’est déjà arrivé), je déciderai de faire autre chose.
    Je pense que c’est très mature ta réaction, ton explication, d’autres se plaignent mais finalement se complaisent dans leur situation et ne veulent pas prendre les rennes.

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