Lâcher prise.

Est-il possible pour un blog de vivre sans être représenté sur Instagram dans une ère ou celui-ci s’est imposé comme un découvreur de “talents” et une source drainant du lectorat ?

Le blogueur a-t-il encore le choix de restreindre ses canaux de communication pour ne valoriser que celui (ou ceux) qui lui parait le plus pertinent, même s’il est considéré comme moins “populaire” et –soulignons-le– “rentable” aussi bien pour lui que pour les marques, sans que cela ne s’apparente à un “suicide digital” ?

Un pari. Un risque. Une erreur ?
Pas tant que ça.

Disparaitre d’Instagram, délaisser mon compte, ce compte lié au blog @jessaboutagirl dans le but de me ressourcer et concentrer mon énergie sur le projet qui m’importe : About-a-Girl.com. Autrement dit, cesser de perdre du temps à tenter de produire un contenu “à la hauteur” visuellement, pour un support qui m’attire de moins en moins, et valoriser la production d’articles que j’ose espérer intéressants et qualitatifs à vos yeux. Renouer avec les moments, ce qui m’anime et la volonté de partager, échanger, présenter, proposer.

Revenons en arrière, à la fameuse notion de plaisir dont je vous parlais justement dans l’Editor’s Letter du mois d’avril. 

Le plaisir est mon moteur. Il l’a toujours été quelque soit le projet. Si je suis passionnée, si ça m’intéresse, ça m’interpelle, me réjouit : j’avance. Si le plaisir disparait, l’envie s’évanouit, je me dessèche et finis par délaisser le projet même s’il est bien avancé. C’est ainsi, chacun sa méthode.

Ce blog est l’exemple parfait du projet réalisé par plaisir et non pas par contrainte. Je m’explique.
Ecrire un article sur ces pages me demande 3/4 heures de travail auxquelles vous ne manquerez pas d’ajouter le travail effectué en amont (pour les photo) et en aval (le SEO, la promotion dudit article). On peut arriver facilement à 6/7h de boulot pour un seul post. A raison, fut un temps, de 3 articles par semaine, puis de 1/2, le tout durant 8 ans, tout en sachant que blogueuse n’est pas mon métier (j’insiste !), vous comprendrez que l’envie et le plaisir étaient et demeurent mes seuls moteurs.

Me forcer sur un travail aussi chronophage ne serait tout simplement pas possible sur une aussi longue durée. Avec ou sans rémunération d’ailleurs. Toutes ces heures passées derrière mon écran, les mains en folie sur le clavier, la tête dans les retouches et les recherches, c’est une passion, une joie. Un luxe aussi car j’ai choisi de ne pas en faire uniquement mon métier justement. About-a-Girl.com fait parti d’un tout, d’un “boulot sur mesure”, que je compose au grès de mes projets mais n’est et ne sera jamais ma profession, mon unique source de revenus. Pour justement ces raisons de plaisir, pour un équilibre qui me permet de faire ce que je veux, au rythme que je veux, sur les sujets que je veux, quand je le veux. Et surtout, surtout, surtout : SI je le veux.

Pourquoi tout ce discours en amont ? Pour en revenir à Instagram ?
Oui, parfaitement.

Instagram ô dieu incontournable avec lequel tout blogueur se doit de composer. Au passage, si “Blogueuse” est un réel métier que certaines réussissent d’ailleurs avec brio, maniant aussi bien la plume que le reflex (et autres compétences propres à leur domaine de blogging), l’auto-promulgation de certain.e.s en tant que “Influenceur” est au-delà de la prétention et du ridicule.

C’est un adjectif que l’on peut vous attribuer si tel est effectivement le cas. Mais l’ériger en profession est aussi risible que si quelqu’un venait à se promouvoir “Gentil”, ou “Beau” ou “Joyeux”. (“Tu fais quoi dans la vie ?” “Oh, je suis gentil / beau / joyeux / svelte.”). Ne parlons pas -pitié bis- de “création de contenus” car en ce domaine, comme en beaucoup d’autres, rares sont les artistes, les gens réellement dotés d’un talent (photographique / visuel s’entend puisque Instagram oblige). Il y en a bien évidemment et eux méritent amplement de gagner leur vie ainsi.

Spoiler : avoir 100K sur Instagram ne fait pas de vous une personne talentueuse. Populaire à la limite. Et encore.

Retour au sujet, le lâcher prise.
(Vous aurez noté que ces Editor’s Letter sont la porte ouverte à toutes les fenêtres en terme de digressions…)
Quand la stratégie, l’obligation, viennent ruiner et détruire le plaisir.

Ces derniers mois, les conseils, avis et mêmes jugements, ont fondu sur moi comme un aigle sur sa proie. Penser stratégie. Penser engagement. Ne pas m’arrêter. Poster 3 à 5 fois par jour. Créer du rêve. Vendre la Côte d’Azur. Vendre ma vie. Vendre mon fils. Paraitre sympathique (j’en conclus que j’ai une image de connasse désagréable). Ne pas montrer ma vraie vie mais me plier au diktat : “vends du rêve !” et gagner ainsi followers, commentaires, et créer l’envie. Bref, l’inverse de ce que je fais en général quand je clique sur “Poster” sur Instagram.

En soi, ce sont de “bons” conseils. Comprenez par là que si vous souhaitez être “visibles” sur ce réseau, poster 1 fois toutes les morts d’évêques ne vous avancera pas. Il faut beaucoup poster, beaucoup commenter, beaucoup liker, être là, tout le temps, partout, et avec des photos incroyables en bonus. Plus vous montrerez votre vie et plus vous ferez réagir les gens. Une sorte de télé-réalité digitale.

Je ne suis pas fermée aux suggestions, et bien qu’ayant une vision assez tranchée de ce que je veux ou non faire, je ne suis pas butée au point de tout rejeter en bloc. Si certains changements peuvent me permettre de promouvoir mon travail (ce blog j’entends), et bien allons-y, expérimentons.

J’ai donc expérimenté… et je me suis rarement autant sentie dépossédée de ma vision qu’à cette période.

Poussée, je me dis qu’après tout, il faut bien essayer, que c’est peut être la bonne direction à prendre. Après tout, on n’est jamais objectif avec son travail. Et puis les semaines, les mois passent, je reconnais de moins en moins ma patte, mon travail justement. Les posts spontanés et sincères laissent place à des posts plus “calculés” en terme de stratégie ou d’engagement. Peut être plus dans “la norme”. J’accepte des propositions et des projets (gratuits !) auxquels je ne crois pas spécialement parce qu’on me dit que “C’est bien pour la suite”. Mon compte grandit et mon enthousiasme fond comme neige au soleil.

Je me force à prendre des photos, j’y passe 3 heures et je ne suis jamais satisfaite du résultat. Tout en rageant intérieurement sur ce temps perdu qui serait bien plus utile à d’autres projets (ne serait-ce qu’écrire tiens), je sens que ce qui cloche va finir par péter un jour. Et effectivement, ça pète.

Et quand ça pète, je suis radicale. Pas de demi-mesure, pas de “oui, non, peut-être”.
C’est maintenant, tout de suite et c’est définitif.

Bon en l’occurence j’ai pris le parti de faire une pause à durée indéterminée. Une P.D.I si vous préférez.
Mais une vraie pause, autrement plus rigoureuse que celles qui vous disent “Oh la la, je fais un break avec Insta !!” et postent dès le lendemain 30 photos à la suite. Non, une pause qui invite à y voir plus clair, à retrouver l’envie et le plaisir.

Si ils reviennent.

Une pause pour prendre le pari que oui, on peut encore faire vivre et survivre avec un support digital sans être online H24 en twerkant, gloussant en Instastories, en photos dans les coins les plus hype de la planète (au pif, Coachella toutes en même temps). Tu aimes le faire ? C’est ton droit. Personnellement ce n’est ni l’image que je désire promulguer, ni ce que je recherche en suivant des comptes.

Un pari pour mettre l’accent sur le long terme, le contenu, le message, plutôt que sur le tendance, rapide et éphémère.
Qu’ai-je envie de garder, de montrer, de vous dire, de communiquer ? De regarder ?

Lâcher prise. Pleinement.

Et finalement extrêmement bien le vivre. N’oublions pas qu’une fois l’application close, ce microcosme, cette “influence” reste ancrée dans le virtuel et diffère tellement du quotidien dans lequel nous évoluons. Qu’être un brin plus léger, moins se prendre au sérieux, ne serait que bénéfique pour ce petit monde.

Quelque soit le sujet, songez que vous pouvez lâcher prise à un moment ou à un autre. C’est du boulot que d’y parvenir, je vous l’accorde (il m’aura fallu des années pour ne pas avoir l’oeil rivé sur mes statistiques par exemple). Néanmoins, le bien que vous en retirez vaut largement le coup.

On se retrouve prochainement par ici pour un nouvel article, plus court, promis.
Passez une très belle journée, à très vite !


Journaliste. Créatrice de contenus. Fondatrice du blog "About-a-Girl.com" et de la marque de bijoux "23/NOVEMBRE".

  1. Céline

    29 mai

    Hello !
    Ça faisait un moment que je n’étais plus passée par ici…
    Mais j’étais curieuse de lire cet article. Merci pour cette analyse, ton ressenti.
    Tellement important de lâcher prise. Les réseaux sociaux nous bouffent. Je ne suis pas bloggueuse mais je passe tous les jours dessus. Quatre jours récemment, sans toucher à mon téléphone m’ont fait un bien fou ! Instagram est un autre monde, totalement irréel, auquel on peut survivre.
    J’y déplore beaucoup le faux, les ”comme si”, le manque de spontanéité, et je me demande parfois si on ne se fout pas de la g*** des gens.
    Bon, je vais aller voir ce que j’ai loupé ici.
    Bonne semaine :)

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