Ainsi se termina la première rencontre importante de sa vie …
Etonnée devant un tel discours, je ne voyais aucun intérêt à protester ni le convaincre de son absurdité. Il était bien assez stupide et ça ne m’apporterait rien de discuter avec lui. Je cherchais un motif pour couper court cette conversation stérile, quand il trouva le moyen de me mettre à la porte. Prenant son agenda, que je devinais vide d’où j’étais installée, il regarda ensuite sa montre et m’informa :
« Bon j’ai un nouveau rendez-vous, je ne vous retiens pas, ça n’en vaut pas la peine de toute façon. Juste vous donner un conseil : arrêtez le massacre, arrêtez d’écrire. Vous allez finir par traumatiser les vrais artistes avec vos histoires sans queue ni tête. Merci. » fit-il en s’inclinant.
« La porte !! » lança-t-il au moment où je sortais.
Je me fis un plaisir de la lui claquer.
Quand je passais de nouveau devant le comptoir d’accueil, je trouvais la secrétaire occupée à raconter au téléphone les péripéties palpitantes de sa vie, le combiné coincé entre son épaule et son oreille, laissant ses mains libres d’achever le travail démarré plusieurs minutes auparavant : l’éternel limage d’ongles. Lorsque j’arrivais à son niveau, elle s’interrompit, me lança un regard perçant et mauvais puis reprit sa tâche comme si de rien n’était. Je quittais l’immeuble démoralisée, convaincue que j’avais réellement perdu mon temps sur tous les plans.
De retour chez moi, je me dirigeais droit sur l’exemplaire que j’avais conservé par fierté. Je m’en saisis et me dirigeais directement dans la cuisine pour lui attribuer sa nouvelle place : la poubelle. Je tremblais de rage à présent. Je me retenais de ne pas envoyer mon ordinateur rejoindre mon texte. J’avais été vraiment naïve pour croire deux secondes que mon travail intéresserait quelqu’un, de même que je rencontrerais une personne digne de confiance prête à apprécier ce que j’avais fait et à miser sur le livre. Je me servis un verre pour faire passer la pilule. Difficile de digérer que le sort semblait à nouveau s’acharner contre moi et mes diverses tentatives. Je bus une nouvelle fois. Je n’avais pas cette habitude et l’alcool commença à m’échauffer, n’apaisant nullement la colère qui était née sur le trajet du retour. Je tournais en rond, me rongeant les ongles, me traitant de tous les noms et m’interdisant d’avoir de nouvelles idées aussi niaises. Je me creusais la tête pour savoir de quelle manière j’allais gagner ma vie à présent. En tout cas il était évident que je prendrais le premier emploi venu et sans réfléchir s’il me plairait ou non. Je regardais l’horloge du salon. Elle m’indiqua que l’heure de mon second rendez-vous était largement dépassée. Aucune importance je ne comptais absolument pas m’y rendre après la débâcle précédente. Je n’avais aucun potentiel et c’était sûrement mieux ainsi. Je l’avais toujours su et même si l’autre s’était avéré être un parfait ignorant, il confirmait d’une certaine manière, que ce que je savais déjà. Je pris la bouteille et portais directement le goulot à ma bouche. Ca allait plus vite ainsi.


Vous vous rendez compte ? Un mois ! Comment le temps passe vite ! J’ai l’impression que seulement quelques jours se sont écoulés depuis notre rencontre. C’est sûrement ça l’amour (le côté mièvre exacerbé).

About a … Girl