En ce premier lundi d’août, je vous propose de découvrir la 3ème et avant dernière partie du feuilleton Saga de l’été paru sur « Femmes Plus ». Souvenez-vous, Mathilde avait accepté d’aider Raphaël et de lui avait proposé de passer la soirée avec elle. Comment leur tête à tête s’est-il déroulé ?
Mathilde avait appris que l’attitude de Raphaël était due aux problèmes qu’il rencontrait avec son ex-femme. Il n’avait pas eu l’intention de la blesser, il était seulement préoccupé. Leur dîner, il l’avait beaucoup apprécié et Mathilde lui avait avoué que le plaisir avait été partagé. Ils s’étaient ensuite revus. Elle avait osé lui rendre son invitation. La soirée s’était révélée encore plus délicieuse que la précédente. Une complicité naissait, sans gêne, ni retenue. Une relation platonique mais épicée par des sous-entendus. La conversation était aisée. Ils passaient fréquemment du temps ensemble et se rapprochaient.
Malgré ces moments privilégiés, Raphaël restait discret, ne parlait ni de son passé, ni de son métier, ou centres d’intérêt. Mathilde arriva cependant à discerner (du moins, le comprit-elle ainsi) un goût pour la littérature lorsqu’il la complimenta sur son impressionnante bibliothèque restant un moment à détailler son contenu. Mathilde aussi parlait peu de sa vie. Les rares fois où elle se l’autorisait, elle restait dans la généralité. Pourquoi cette pudeur ? Elle ne comprenait pas. Mais elle était libre de lui inventer une vie où il serait auteur, ou peintre. Superposait-elle son physique avec la personnalité de « Ange675″ ?
Si sa relation avec son voisin ne dépassait pas le stade de l’amitié, Mathilde s’était trouvé un prétendant répondant au pseudonyme de « Ange675″. Elle avait parcouru de nombreux profils sur le site de rencontre et avait fini par le délaisser, désespérant de trouver chaussure à son pied. Où était la magie dans tout ça ? Elle avait par moment l’impression de faire son marché. Un jour, alors que toute cette histoire était reléguée dans le passé, elle reçu un email assez intriguant qui lui avait donné envie de répondre à son auteur. Son sens de l’écriture l’avait touché même si le message était d’une certaine manière, banal sur le fond.
Depuis, les mails entre eux s’étaient multipliés. Ils correspondaient à présent plusieurs fois par jour. Pas une seule fois depuis leur rencontre virtuelle, elle avait regretté son choix. Il faut dire qu’Ange avait tout de suite su lui parler. Dans son premier message, il avait fait allusion à son nom « EmmaB » et avait immédiatement fait le lien avec l’héroïne de Flaubert. Son attrait pour les mots lui avait plu et confortée dans l’idée qu’il était un homme intéressant. Effectivement, les discutions avec lui devenaient de véritables conversations littéraires, où débats et opinions similaires revenaient systématiquement.
Sa culture semblait inépuisable ce qui la ravissait. Elle découvrait une autre facette de sa personnalité encore jamais explorée dans ses relations. Au fil des jours, une véritable correspondance s’établit à la manière des lettres d’antan. Ange commençait toujours par « Ma chère Emma B », ce qui ne manquait pas de provoquer une vague de plaisir en elle. Il prenait soin de réaliser des tournures élégantes, concluait toujours avec une citation, invitation à deviner son auteur. Mathilde se réjouissait à chaque fois qu’un courrier arrivait. Une fois sa lecture achevée, elle cherchait la réponse à l’énigme qu’il lui laissait.
La plupart du temps, elle la résolvait facilement. Dans le cas inverse, il lui transmettait les références et elle s’empressait de se le procurer. Elle avait imprimé chacun de ses mails, pouvant tranquillement les relire dès que l’envie venait. Ange correspondait tant à ses rêves, lui apportant ce qu’elle avait toujours désiré. Il se révéla fin connaisseur d’art, partageant ses connaissances avec Mathilde qui était admirative face à tant de culture. Elle s’imaginait parfaire son savoir à ses côtés. Leur relation évoluait. Les citations furent extraites de romans d’amour. Mathilde n’en était que plus troublée.
Un beau matin, Ange lui avoua son envie de la rencontrer. Leur relation était parfaite au virtuel. Elle douta. Si tous les espoirs placés dans cette histoire étaient finalement détruits lors de leur rencontre ? Si Ange n’était pas celui qu’il prétendait être ? Elle hésita, s’abstint de répondre. Il comprit son silence, ne la brusqua pas. Pendant cette « rupture », Mathilde ressentit le vide que causait son absence. Elle accepta et le rendez-vous fut fixé dans un café près de son bureau, endroit fréquenté, simple précaution. Ils convinrent d’un signe de reconnaissance évident. Chacun viendrait avec un exemplaire de « Madame Bovary ».




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